Vingt-deux heures, la terrasse est pleine et le long drink de la carte part par dizaines. Tout semble aller bien. Puis le bilan du mois arrive, et la marge boissons ne ressemble pas à ce que le prix affiché laissait espérer.
Le problème ne vient pas forcément du prix. Il vient souvent d'un chiffre que personne n'a vraiment calculé : le coût de revient de chaque cocktail. Une dose un peu généreuse, un citron pressé à moitié, une glace oubliée dans le calcul. Pris un par un, ces écarts paraissent minuscules. Multipliés par des centaines de verres, ils décident de la marge.
Ce guide déroule la méthode de la fiche technique, ingrédient par ingrédient, jusqu'au prix de vente en Suisse. Il montre aussi pourquoi le cocktail servi en fût change la donne : son coût par verre est connu avant même le premier service.
Coût de revient d'un cocktail : ce que le chiffre doit couvrir
Deux périmètres, deux usages
Sur la fiche technique
Ingrédients, glace, garniture, verre et casse. Un chiffre précis, calculé verre par verre.
Autour de la fiche
Temps de préparation, loyer, énergie, charges. Un coût réel, piloté au niveau de l'établissement.
À retenir : la fiche porte le coût matière. Le coût complet s'ajoute ensuite, sans jamais se mélanger au premier.
Le coût de revient d'un cocktail, c'est ce que vous coûte un verre avant qu'il ne quitte le bar. Dans sa version la plus utilisée, on parle de coût matière : la somme de tous les ingrédients et consommables qui composent le verre servi, calculée hors taxes.
Ce chiffre sert à deux choses. Il fixe un plancher, en dessous duquel chaque verre vendu vous fait perdre de l'argent. Et il permet de comparer vos cocktails entre eux, pour savoir lesquels portent la carte et lesquels la plombent en silence.
Coût matière et coût complet, deux chiffres à ne pas confondre
Le coût matière ne dit rien du temps passé à préparer le verre, ni du loyer, ni de l'énergie. Le coût complet ajoute ces postes. Il se calcule rarement verre par verre, mais il pèse lourd, et nous y revenons plus bas avec la main-d'œuvre.
Dans la pratique, la fiche technique porte le coût matière. Le coût complet se pilote au niveau de l'exploitation. Garder les deux séparés évite de mélanger un chiffre précis et une estimation.
Pourquoi le cocktail est la boisson la plus difficile à chiffrer
Un vin au verre, c'est une bouteille divisée en services. Un cocktail, c'est quatre à huit ingrédients, chacun acheté dans une unité différente : la bouteille de 70 cl, le kilo de citrons, la caisse de sodas, le sac de glace ou la machine qui la fabrique.
Chaque ingrédient a aussi son propre rendement. Un citron ne donne jamais son poids en jus, une bouteille ne se vide jamais à la dernière goutte au doseur. C'est cette addition de petites conversions qui rend le calcul fastidieux, et qui pousse beaucoup d'établissements à fixer leurs prix au jugé.
La fiche technique, la recette écrite pour être chiffrée
Les six lignes d'une fiche exploitable
CocktailNom, verre utilisé, volume final servi
IngrédientsQuantités en cl, en g ou en pièces
AchatPrix hors taxes et unité d'achat
RendementMesuré, en pourcentage
AnnexesGlace, garniture, verre, paille
Mise à jourMois et année des tarifs
Une dose se lit, elle ne se devine pasLe test : deux barmans qui suivent la même fiche doivent servir le même verre, au même coût.
Une fiche technique de cocktail n'est pas une recette de mixologie. Elle décrit le verre tel qu'il doit sortir du bar, avec des quantités mesurables, et elle attache un coût à chaque ligne. Sans elle, le coût de revient reste une estimation.
C'est aussi l'outil qui rend un verre reproductible. Deux barmans qui suivent la même fiche servent le même cocktail, au même coût. C'est la base de toute standardisation, dans un bar seul comme dans un réseau d'établissements.
Ce que doit contenir une fiche technique de cocktail
- le nom du cocktail, le verre utilisé et le volume final servi ;
- chaque ingrédient avec sa quantité en centilitres, en grammes ou en pièces ;
- le prix d'achat hors taxes de chaque ingrédient et son unité d'achat ;
- le rendement retenu pour chaque ingrédient ;
- la date de la dernière mise à jour des tarifs.
La méthode de préparation, la garniture et la glace complètent la fiche. Ce sont souvent elles qui manquent dans le calcul, alors qu'elles se voient dans le verre.
Une recette écrite en centilitres, pas en traits
Un trait, un fond, allonger à hauteur : ces formules suffisent à un barman expérimenté. Elles rendent le calcul impossible. Chaque quantité doit être convertie en unité mesurable, quitte à peser une fois ce que représente un trait dans votre bar.
Même logique pour l'eau gazeuse ou le soda qui allonge le verre. Mesurez ce que contient réellement le verre une fois rempli de glace, car c'est votre verrerie qui fixe la quantité servie.
D'après La Libre Belgique (« Ce qui se cache derrière le prix de plus en plus élevé des cocktails », juin 2026), un chef de bar bruxellois situe le volume d'un cocktail entre 12 et 15 cl en général, et jusqu'à 18 à 20 cl pour les plus allongés. Ce repère vous donne un ordre de grandeur pour contrôler vos propres mesures.
La Libre Belgique
Calculer le coût de chaque ingrédient en trois étapes
De la facture fournisseur à la ligne de fiche
Étape 1
Ramener le prix à l'unité servie
Coût unitaire = prix d'achat HT ÷ contenance achetée
Étape 2
Appliquer le rendement réel
Coût utile = coût unitaire ÷ rendement mesuré
Étape 3
Multiplier par la dose, puis additionner
Coût de la ligne = coût utile × dose de la fiche
Le cœur de la méthode tient en trois calculs simples. Ils s'appliquent à tous les ingrédients, du spiritueux au sirop maison. Ce qui change d'un ingrédient à l'autre, c'est l'unité d'achat et le rendement.
Étape 1 : ramener le prix d'achat à l'unité servie
Partez du prix d'achat hors taxes et de la contenance achetée. Divisez l'un par l'autre pour obtenir un coût au centilitre, au gramme ou à la pièce. Une bouteille de 70 cl achetée au prix P coûte P divisé par 70 au centilitre.
Travaillez en hors taxes, comme votre comptabilité. Le prix de vente se comparera lui aussi hors taxes, et la TVA ne s'ajoutera qu'à la toute fin. En cas de doute sur votre méthode de décompte de la TVA, votre fiduciaire tranchera.
Étape 2 : appliquer le rendement réel
Le rendement corrige l'écart entre ce que vous achetez et ce que vous servez vraiment : le fond de bouteille qui reste au doseur, l'égouttage, le jus que donne réellement un kilo d'agrumes. La formule est simple, coût utile égale coût unitaire divisé par le rendement.
Le rendement d'un agrume ne se devine pas, il se mesure. Pressez un kilo de citrons verts, mesurez le jus obtenu, notez le chiffre sur la fiche. Refaites l'opération à chaque changement de saison ou de fournisseur, car le calibre et la maturité font varier le résultat.
Étape 3 : multiplier par la dose et additionner
Il reste à multiplier le coût utile par la quantité inscrite sur la fiche, ligne par ligne. La somme donne le coût matière du verre. Un tableur suffit : une colonne pour le prix d'achat, une pour la contenance, une pour le rendement, une pour la dose.
Exemple chiffré : la fiche d'un long drink, ligne par ligne
Anatomie d'un verre, exemple fictif
Où part le coût matière d'un long drink
+19 %
de coût matière si la dose de spiritueux passe de 4 à 5 cl
8 %
pour glace, garniture et verre réunis, souvent oubliés du calcul
Rien ne vaut un exemple pour fixer la méthode. Prenons un long drink classique : un spiritueux, du jus de citron vert, du sirop de sucre maison, allongé à l'eau gazeuse, servi sur glace avec un quartier de citron.
Les valeurs ci-dessous sont fictives. Elles sont exprimées en unités de compte, notées u, et non en francs. Elles ne reflètent aucun tarif réel et servent seulement à montrer la mécanique du calcul. Remplacez-les par vos propres prix d'achat.
| Ingrédient | Achat (hypothèse) | Rendement | Dose | Coût par verre |
|---|
| Spiritueux | Bouteille de 70 cl à 21 u | 97 % | 4 cl | 1,24 u |
| Jus de citron vert | 1 kg à 3 u, soit 40 cl de jus mesurés | Intégré à la mesure | 2 cl | 0,15 u |
| Sirop de sucre maison | 1 kg de sucre à 1,2 u, pour 1,6 l de sirop | 100 % | 1,5 cl | 0,01 u |
| Eau gazeuse | Bouteille de 1 l à 0,8 u | 90 % | 10 cl | 0,09 u |
| Glace | 0,15 u le kilo produit | 100 % | 200 g | 0,03 u |
| Garniture | Quartier de citron | 100 % | 1 pièce | 0,05 u |
| Verre, paille, casse | Forfait par verre | 100 % | 1 service | 0,05 u |
| Coût matière total | Somme des lignes | | | 1,62 u |
Ce que l'exemple révèle
Le spiritueux pèse à lui seul un peu plus des trois quarts du coût du verre. C'est sur cette ligne que se joue la marge. Les autres postes, réunis, restent sous le quart du total.
Conséquence directe : une dose de 5 cl au lieu de 4 cl ajoute 0,31 u au verre, soit près de 19 % de coût matière en plus. Personne ne le voit au comptoir, tout le monde le voit au bilan. L'article sur les erreurs qui coûtent le plus cher à un bar détaille l'effet de ces dérives de dosage sur la marge.
Les coûts annexes, petits mais jamais nuls
Glace, garniture, verre et paille ne pèsent ici qu'environ 8 % du coût total. Les oublier fausse pourtant chaque calcul dans le même sens, à la baisse. Sur certains cocktails de signature, l'écart devient sérieux.
D'après La Libre Belgique (juin 2026), le cofondateur d'un restaurant bruxellois estime qu'un glaçon de forme spéciale peut représenter près de la moitié du coût des ingrédients d'un cocktail. Si votre carte mise sur la glace taillée, elle mérite sa propre ligne sur la fiche.
Simulateur : chiffrez le coût de revient de votre cocktail
Outil de calcul
Coût matière et prix de vente minimum
Saisissez vos prix d'achat hors taxes dans votre unité monétaire. Le volet « à la minute » est prérempli avec l'exemple fictif de cet article.
1,47
Coût matière par verre
À saisir
Coût matière par verre
Estimation de méthode, chaque ligne arrondie à deux décimales comme sur la fiche. Elle ne remplace ni un devis ni l'avis de votre fiduciaire.
Voir les cocktails qui tournent le mieux à la pressionLe simulateur reprend la méthode de la fiche. Saisissez vos prix d'achat dans votre unité monétaire : il calcule le coût matière par verre, puis le prix de vente hors taxes et toutes taxes comprises correspondant à votre ratio cible.
Le second volet traite le cocktail en fût. Il part du coût d'achat du fût, de son format et de la taille de votre service. Le résultat reste une estimation de méthode : il ne remplace ni un devis ni l'avis de votre fiduciaire.
Du coût de revient au prix de vente en Suisse
Base 100 = prix de vente hors taxes
Comment se construit le prix affiché
22 %
Ratio matière de l'exemple
4,5
Coefficient équivalent
8,1 %
TVA, taux normal suisse
Le coût de revient fixe le plancher. Le prix de vente se construit au-dessus, à partir d'un ratio matière cible, puis de la TVA. Trois calculs, dans cet ordre.
Fixer un ratio matière cible
Le ratio matière, ou beverage cost, rapporte le coût matière au prix de vente hors taxes. Le prix de vente hors taxes égale donc le coût matière divisé par le ratio visé. Avec un ratio de 22 %, le long drink de l'exemple, à 1,62 u, doit se vendre au moins 7,36 u hors taxes. Le calcul du prix d'un cocktail part toujours de ce plancher.
Quel ratio viser ? D'après le cabinet français Hayot Expertise (« Beverage cost : calcul et pilotage du ratio matière boissons d'un bar », 2026), le repère pour les cocktails se situe entre 18 et 25 %, à ajuster selon le positionnement de l'établissement. Ce repère vient du marché français : il se transpose avec prudence à vos charges suisses.
Hayot Expertise
Le coefficient, un repère et pas une règle
Le coefficient multiplicateur dit la même chose dans l'autre sens. Un ratio de 22 % correspond à un coefficient d'environ 4,5 sur le coût matière. C'est un outil rapide pour poser un prix, pas un diagnostic de rentabilité.
Il varie aussi d'une famille de boissons à l'autre. Hayot Expertise donne des repères distincts pour la bière pression, le vin au verre, les cocktails et les softs, et juge qu'un ratio global n'a guère de sens : chaque famille se pilote à part. Un cocktail bien chiffré obéit donc à une logique propre, distincte de celle du vin au verre.
Passer du hors taxes au prix affiché
En Suisse, le prix affiché doit être celui que le client paie réellement, toutes taxes comprises, comme le rappelle la Ville de Lausanne dans sa page sur l'indication des prix. Le Secrétariat d'État à l'économie (SECO) publie aussi une brochure dédiée à l'hôtellerie et à la restauration. Le détail figure dans notre guide sur les mentions obligatoires de la carte des boissons en Suisse.
Ville de Lausanne, SECO
D'après l'Administration fédérale des contributions (« Taux de TVA applicables en Suisse »), le taux normal est de 8,1 % depuis le 1er janvier 2024. La loi fédérale régissant la TVA exclut les boissons alcooliques du taux réduit et soumet les prestations de restauration au taux normal. Le long drink de l'exemple, à 7,36 u hors taxes, s'affiche donc au minimum à 7,96 u, avant arrondi commercial.
Administration fédérale des contributions, loi fédérale régissant la TVA
Le cocktail en fût, un coût par verre fixé d'avance
Même recette, deux façons de la servir
Le dosage varie à la minute, il est figé en fût
Fût de 20 litres
20 l ÷ 20 cl = 100 verres
20 l ÷ 15 cl = 133 verres
Le nombre de verres dépend de votre taille de service.
Coût par verre
Coût du fût ÷ verres
Connu avant le premier service, identique d'un verre à l'autre.
Tout ce qui précède part d'un cocktail préparé à la minute. Chaque verre est un assemblage, et chaque assemblage porte sa part d'incertitude : la dose versée, le jus plus ou moins rentable, le soda éventé en fin de bouteille. La fiche technique réduit l'écart, elle ne le supprime pas.
Un fût, un nombre de verres, un coût
Le cocktail en fût inverse la logique. La recette est assemblée en amont, une seule fois, puis conditionnée. Le calcul tient alors en une division : le coût d'achat du fût, divisé par le nombre de verres qu'il contient.
Ce nombre dépend de votre taille de service. Un fût de 20 litres, le format le plus utilisé chez Bibarium, donne 100 verres servis à 20 cl, ou 133 verres à 15 cl. Le coût par verre est connu avant le premier service, et il ne bouge plus d'un verre à l'autre. Le même calcul vaut pour le vin et le mousseux en fût servis au verre, comme pour tout cocktail à la pression.
Une poche pressée jusqu'au bout
Le rendement, qui complique tant la fiche d'un cocktail à la minute, change aussi de nature. Dans le fût Bibarium, un compresseur à air presse la poche souple de l'extérieur, sans jamais toucher la boisson, et le contenu se tire jusqu'au bout. Il n'y a pas de fond de bouteille à estimer.
Pour un groupe qui équipe plusieurs sites, comme le groupe Remimag et ses douze établissements équipés en Suisse alémanique, la question du coût par verre se pose à l'échelle du réseau. Une recette en fût s'achète et se chiffre de la même façon partout.
Ce qui reste sur la fiche
Le fût ne supprime pas toute la fiche technique. La glace, la garniture et le verre restent des lignes à chiffrer, comme dans l'exemple plus haut. La fiche d'un cocktail en fût devient simplement plus courte : une ligne pour le fût, trois lignes pour les consommables.
Le temps de service change aussi : un spritz se sert en moins de 8 secondes à la tireuse. Le détail de ce cocktail, de son service à son effet sur la marge, est traité dans notre guide du spritz en fût.
La tendance de fond va dans ce sens. D'après une dépêche AFP du 30 juillet 2026 sur le groupe Campari, le spritz se vend désormais en canette ou à la pression en Europe, et Campari évalue la catégorie aperitivo à près de 11 milliards de dollars par an. En Suisse, GaultMillau rapportait en juin 2026 que le groupe Schenk voit dans les formats prêts à servir une catégorie en forte croissance.
AFP via Fortuneo, GaultMillau Suisse
Trois erreurs qui faussent le coût de revient d'un cocktail
Points de vigilance
Trois écarts qui jouent tous contre votre marge
Mélanger HT et TTC
Un coût calculé taxes comprises face à un prix de vente hors taxes fausse le ratio de plusieurs points, sans que rien ne le signale.
Laisser vieillir la fiche
Un tarif fournisseur change, la fiche ne suit pas.
Ne jamais comparer
La recette théorique sans inventaire ne dit rien du réel.
Point commun : ces trois erreurs sous-estiment toutes le coût, jamais l'inverse.
Une fiche technique fausse est plus dangereuse qu'une absence de fiche, parce qu'elle rassure. Trois erreurs reviennent régulièrement, et toutes tirent le coût réel au-dessus du coût calculé.
Mélanger les factures TTC et le prix de vente HT
Le cas se présente souvent quand la fiche est remplie à partir de tickets d'achat plutôt que des factures fournisseurs. Le coût matière intègre alors la TVA, alors que le prix de vente auquel on le compare n'en contient pas. Le ratio calculé paraît sain, le ratio réel l'est beaucoup moins.
La règle est simple : tout en hors taxes jusqu'au prix de vente, et la TVA en dernier, sur le prix seulement.
Laisser vieillir la fiche technique
Les prix d'achat bougent. Un chef de bar bruxellois interrogé par La Libre Belgique en juin 2026 explique avoir relevé ses prix ces dernières années sous l'effet du coût des matières premières, du loyer et de l'énergie. Une fiche chiffrée sur les tarifs d'il y a deux ans sous-estime mécaniquement le coût d'aujourd'hui.
Datez chaque fiche et révisez-la à chaque changement de tarif fournisseur, ou au minimum à chaque changement de carte.
Chiffrer la recette théorique sans jamais la vérifier
La fiche décrit le verre parfait. En plein service, le verre réel s'en écarte : une dose plus généreuse, un fond de bouteille jeté, une préparation ratée et refaite. Tant que personne ne compare la fiche à la consommation réelle, cet écart reste invisible. C'est l'objet de l'étape suivante.
Vérifier la fiche contre l'inventaire
Indice 100 = consommation prévue par les fiches
L'écart entre la fiche et le stock
Mesure 1
Théorique = ventes × dose de la fiche
Mesure 2
Réelle = stock initial + achats − stock final
Mesure 3
Écart = réelle ÷ théorique − 1
Une fiche technique dit ce que le verre devrait coûter. L'inventaire dit ce qu'il a coûté. L'écart entre les deux mesure tout ce que la fiche ne voit pas : surdosage, casse, verres offerts, erreurs de saisie en caisse.
La méthode en trois mesures
- Consommation théorique : pour chaque ingrédient, le nombre de cocktails vendus sur la période multiplié par la dose de la fiche.
- Consommation réelle : stock initial, plus achats de la période, moins stock final.
- Écart : consommation réelle rapportée à la consommation théorique, exprimé en pourcentage.
La formule de la consommation réelle, stock initial plus achats moins stock final, est celle que retient Hayot Expertise pour calculer le coût matière boissons : elle s'appuie sur l'inventaire, pas sur les achats du mois, qui mélangent consommation et constitution de stock.
Lire l'écart
Un écart faible et stable indique une fiche fiable. Un écart qui grandit sur un seul ingrédient pointe un problème précis, souvent le dosage du spiritueux. Hayot Expertise relève d'ailleurs qu'un ratio cocktails au-delà de 28 % s'explique presque toujours par du sur-versement ou un prix resté figé.
Faites ce rapprochement chaque mois, sur les trois ou quatre cocktails qui pèsent le plus dans vos ventes. C'est là que l'écart coûte le plus, et là qu'une correction se voit le plus vite.
Le coût complet : la main-d'œuvre que la fiche ne montre pas
Ce que mesure la recherche, sur le vin en fût
17 %
de coûts de main-d'œuvre en moins
20 %
de coût du vin en moins
Pointillés : service en bouteille, indice 100. Beige : vin en fût. Stéphanie Pougnet, EHL, 2020. Données établies sur le vin, pas sur le cocktail.
Retour client, Palexpo : 30 % de boissons servies en plus avec moins de personnel, lors du concours international d'équitation. Un retour du client, pas une mesure.
Deux cocktails au même coût matière n'ont pas le même coût réel si l'un se prépare en dix secondes et l'autre en deux minutes. Le temps de préparation n'apparaît sur aucune fiche, il pèse pourtant sur le coût réel de chaque verre.
Mesurer le temps par verre
Chronométrez chaque cocktail de la carte en conditions réelles, en plein service. Multipliez ce temps par le coût horaire chargé de votre personnel de bar. Vous obtenez un coût de main-d'œuvre par verre, à placer à côté du coût matière.
La Libre Belgique rapporte la règle de travail d'un chef de bar bruxellois, qui répartit son prix en trois tiers : main-d'œuvre, loyer et matières premières. C'est une règle empirique d'un établissement, pas une norme, mais elle rappelle que la matière n'est qu'une part du prix.
Ce que la recherche mesure sur le vin en fût
Les données disponibles portent sur le vin, pas sur le cocktail. Stéphanie Pougnet, professeure assistante à l'EHL, rapportait en 2020, à propos du vin en fût, des coûts de main-d'œuvre inférieurs de 17 % et un coût du vin réduit de 20 %. Bibarium a participé au projet de recherche Interreg ECOFASS Vin porté par l'EHL. Ces chiffres ne se transposent pas tels quels au cocktail, mais ils montrent où se situe le levier : le geste de service.
EHL Insights, EHL, projet ECOFASS Wine
Sur le terrain, lors du concours international d'équitation de Palexpo, le client a rapporté avoir servi 30 % de boissons en plus avec moins de personnel. C'est un retour du client, pas une mesure, mais il illustre le même mécanisme : un verre qui se tire au lieu de s'assembler libère du temps.
Une fiche par cocktail, un prix que vous pilotez
Le coût de revient d'un cocktail se calcule, se vérifie, puis se pilote chaque mois.
Écrire une fiche par cocktail, en cl, en g et en pièces
Mesurer les rendements au lieu de les supposer
Comparer chaque mois la fiche à l'inventaire
Passer en fût les recettes à fort volume, pour un coût par verre fixé d'avance
Demander une démonstrationLe coût de revient d'un cocktail n'a rien de mystérieux. Il demande une fiche par recette, des quantités mesurables, des rendements mesurés et une mise à jour régulière. Le reste est de l'arithmétique.
Commencez par les trois cocktails qui pèsent le plus dans vos ventes. Chiffrez-les, comparez-les à l'inventaire du mois, ajustez la dose ou le prix. Pour les recettes à fort volume, le fût offre une autre voie : un coût par verre connu d'avance, et un service qui se compte en secondes.
Bibarium est dirigée par Marc Sarrazin, ingénieur œnologue diplômé de Changins, coauteur d'une étude sur la conservation des vins en fût présentée en 2019 au 42e Congrès mondial de la vigne et du vin de l'OIV. Il a commencé comme serveur sur une terrasse au bord du lac de Genève, avant de fonder une entreprise dédiée au service à la pression. Parlons de votre carte, et de ce que le fût changerait sur vos propres fiches.
BIO Web of Conferences
Vos questions fréquentes sur le coût de revient d'un cocktail
Faut-il calculer le coût de revient en HT ou en TTC ?
En hors taxes, toujours. Le coût de revient se compare au prix de vente hors taxes, qui est la part du prix qui revient réellement à l'établissement. La TVA s'ajoute à la fin, au taux normal de 8,1 % pour les boissons servies sur place. Mélanger les deux bases fausse le ratio matière de plusieurs points, sans que l'erreur saute aux yeux. En cas de doute sur votre méthode de décompte de la TVA, votre fiduciaire tranchera rapidement.
À quelle fréquence mettre à jour une fiche technique ?
À chaque changement de tarif fournisseur, et au minimum à chaque changement de carte. Dans les faits, une révision trimestrielle des cocktails les plus vendus convient à beaucoup de bars. Notez la date de mise à jour sur chaque fiche : une fiche sans date est une fiche dont personne ne sait si elle dit encore vrai. Le rapprochement mensuel avec l'inventaire signale de lui-même les fiches devenues fausses.
Comment chiffrer un sirop ou un jus fait maison ?
Comme une petite recette à part entière. Additionnez le coût de tous les ingrédients d'une préparation, divisez par le volume obtenu, et vous avez un coût au centilitre utilisable sur la fiche du cocktail. Pour un jus d'agrumes, mesurez le volume réellement pressé à partir d'un poids connu de fruits. N'oubliez pas la perte liée à la conservation : un jus jeté en fin de service fait partie du coût.
Un cocktail sans alcool se chiffre-t-il de la même façon ?
La méthode est identique, seuls les ingrédients changent. Méfiez-vous des idées reçues sur le coût : selon un chef de bar bruxellois cité par La Libre Belgique, une bonne liqueur sans alcool peut coûter plus cher qu'une bouteille alcoolisée classique. Gardez aussi en tête les règles cantonales : dans le canton de Vaud, par exemple, la Ville de Lausanne rappelle qu'au moins trois boissons sans alcool doivent être proposées à un prix inférieur à la boisson alcoolique la moins chère.
Quel outil utiliser pour tenir ses fiches techniques ?
Un tableur suffit pour démarrer : une ligne par ingrédient, des colonnes pour le prix d'achat hors taxes, la contenance, le rendement et la dose, et une formule qui fait le reste. Les logiciels de caisse et de gestion de stock prennent le relais quand le nombre de recettes grossit ou que vous voulez rapprocher automatiquement ventes et consommation. L'outil compte moins que la discipline : des doses mesurées et des prix tenus à jour.
Le cocktail en fût supprime-t-il la fiche technique ?
Non, il la raccourcit. Le contenu du fût devient une seule ligne, dont le coût par verre se calcule en divisant le coût d'achat du fût par le nombre de verres servis. La glace, la garniture et le verre restent à chiffrer comme pour n'importe quel cocktail. Ce qui disparaît, c'est l'incertitude sur la dose et le rendement de chaque ingrédient, puisque la recette est assemblée une fois pour toutes.
Sources
- Administration fédérale des contributions, taux de TVA applicables en Suisse
- Administration fédérale des contributions, loi fédérale régissant la taxe sur la valeur ajoutée
- SECO, brochures relatives à l'indication des prix
- Ville de Lausanne, indication des prix dans les établissements
- Hayot Expertise, calcul et pilotage du ratio matière boissons d'un bar
- La Libre Belgique, ce qui se cache derrière le prix des cocktails
- EHL Insights, Stéphanie Pougnet, Keg wine on tap: a Swiss sustainable innovation
- BIO Web of Conferences, Wine-on-tap: a study on the conservation of wines in keg Ecofass
- EHL, projet de recherche ECOFASS Wine
- AFP via Fortuneo, Campari, le roi du spritz à la conquête de l'Ouest
- GaultMillau Suisse, l'apéro clés en main veut séduire les jeunes

Bibarium, spécialiste suisse du vin et des cocktails à la pression
Entreprise de la région de Genève, Bibarium équipe bars, restaurants, hôtels, stations et traiteurs en tireuses et en fûts pour servir vin, mousseux et cocktails à la pression. Le fût qu'elle utilise a fait l'objet du projet de recherche Interreg ECOFASS Vin, mené avec l'IFV, l'École de Changins et l'EHL.
Contenu relu et validé par Marc Sarrazin, directeur de Bibarium, ingénieur œnologue diplômé de Changins.
Mis à jour : octobre 2026